SÉNÉGAL – FMI : PRÉSERVER LA SOUVERAINETÉ PAR LA STRATÉGIE, L’AVIS DE SOULEYMANE BACHIR DIAGNE

Le Sénégal traverse une période de turbulence économique majeure, marquée par une crise de l’endettement qui impose des négociations complexes avec le Fonds monétaire international (FMI). Sur ce terrain, le philosophe Souleymane Bachir Diagne propose une lecture à la fois lucide et nuancée, mettant en lumière les dimensions politiques et stratégiques de ce qui est souvent présenté comme une simple question financière.

« Le sujet ne peut pas laisser aucun citoyen indifférent », affirme Souleymane Bachir Diagne, précisant qu’il s’informe auprès d’experts plus compétents sur les aspects techniques de la dette. Pour autant, souligne-t-il, il est possible de comprendre, de manière générale, les enjeux liés à l’endettement et à la négociation internationale.

Selon lui, l’importance des discussions avec le FMI ne se limite pas à un accord ponctuel : « Des investisseurs lient leur propre confiance dans l’économie sénégalaise au programme FMI. Il est donc crucial que le FMI investisse dans notre économie », explique-t-il.

Pour le philosophe, le cœur de la question réside dans ce qu’il appelle la « capacité de négociation ». Cette notion, affirme-t-il, traduit concrètement la volonté de souveraineté de l’État face à un ordre mondial qui impose ses règles. « Ajuster sa volonté de souveraineté aux exigences du FMI consiste à transformer cette volonté en capacité de négociation », précise le Professeur Diagne, rappelant que, dans le contexte actuel, aucun pays n’est pleinement souverain.

Il illustre son propos par l’exemple de la Grèce, confrontée à une dette insoutenable et aux pressions du FMI et de l’Europe. Athènes a dû défendre sa souveraineté tout en négociant avec des créanciers puissants, un cas qui, selon Diagne, éclaire ce que le Sénégal peut attendre de ses propres discussions internationales.

Le philosophe met également en avant la dimension temporelle dans ces négociations : « Celui qui dispose du temps a des cartes que vous n’avez pas. Si vous avez besoin urgent d’une solution et que l’autre peut prendre tout son temps, la confrontation n’est pas égale », analyse-t-il. Pour lui, cette asymétrie révèle la « brutalité du monde du capital » et souligne l’importance de développer des leviers internes pour équilibrer les rapports de force.

Malgré ces contraintes, l’universitaire relève des acquis positifs pour le Sénégal. La crise a permis de mieux évaluer la capacité du pays à mobiliser ses ressources internes et à renforcer sa fiscalité. Ces efforts, même s’ils ne résolvent pas entièrement le problème de la dette, constituent selon lui une base solide pour améliorer la position du Sénégal dans ses négociations futures. « Ce sera un acquis de savoir ce qu’il en est de notre propre capacité de mobilisation », conclut-il, soulignant que chaque progrès interne renforce la « corbeille » de négociation du pays.

À l’occasion, Souleymane Bachir Diagne invite à une lecture plus fine de la crise : elle n’est pas seulement économique, mais aussi stratégique et politique. La souveraineté se mesure à la capacité d’un État à négocier, à mobiliser ses ressources et à ajuster ses ambitions aux contraintes du monde. Dans ce contexte, patience, pragmatisme et mobilisation interne apparaissent comme des instruments essentiels pour préserver l’autonomie du Sénégal dans un système économique mondial complexe et exigeant.