À TIVAOUANE, ALIOUNE DIONE VEUT FAIRE DES DAHIRAS DES INCUBATEURS DE RICHESSES LOCALES

À l’occasion du Gamou 2026, le ministre de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire, Alioune Dione, a plaidé, dimanche, pour une nouvelle approche du rôle économique des organisations communautaires, notamment les Dahiras. Lors d’un panel de la Commission Entrepreneuriat de la Cellule Zawiya Tidiane, consacré à la transformation des organisations communautaires en incubateurs de PME et de richesses locales, il a appelé à convertir leur formidable capital social en véritable levier de production, d’emploi et d’autonomisation.

À Tivaouane, la réflexion sur le rôle des Dahiras dans le développement économique des territoires prend une nouvelle dimension. Prenant part au panel consacré au thème « Comment les organisations communautaires de base peuvent devenir des incubateurs de PME et de richesses locales ? Le cas des Dahiras », le ministre Alioune Dione a défendu une vision fondée sur la valorisation du capital humain, social et organisationnel des communautés.

Saluant l’initiative de la Cellule Zawiya Tidiane et de sa Commission Entrepreneuriat, le ministre a estimé que le Dahira ne saurait être perçu uniquement comme un espace de spiritualité, de rassemblement et de solidarité. Il constitue également, selon lui, un réseau de confiance, de compétences, de ressources et de capacités de mobilisation susceptible de contribuer davantage à la création de valeur.

Du capital social au capital productif

Pour Alioune Dione, le choix de Tivaouane et du Gamou pour engager cette réflexion revêt une portée particulière. Le grand rendez-vous religieux constitue, à ses yeux, une illustration concrète de la capacité des communautés sénégalaises à s’organiser et à mutualiser leurs efforts.

L’affluence des pèlerins, l’implication des familles, l’activité des commerçants, des artisans, des transporteurs, des femmes et des jeunes témoignent, selon lui, d’une importante dynamique économique et sociale. « Lorsque la confiance, l’organisation et la solidarité sont réunies, une communauté est capable de produire une formidable énergie collective », a-t-il souligné, avant d’appeler à transformer cette énergie en capacité productive durable.

L’objectif, précise-t-il, n’est nullement de transformer les Dahiras en entreprises ni de remettre en cause leur vocation spirituelle. Il s’agit plutôt de faire de leur capital social un instrument supplémentaire d’autonomisation économique, de création d’emplois et de développement territorial. Une démarche qui consiste à passer « de la solidarité qui accompagne à la solidarité qui autonomise ».

Les CPS-Dahiras au cœur de la démarche

Le ministre a rappelé que cette réflexion s’inscrit dans les orientations déjà engagées par son département. Il a notamment évoqué les initiatives consacrées à la philanthropie religieuse et à son potentiel en faveur de l’économie sociale et solidaire, ainsi que les consultations menées auprès de plusieurs familles religieuses.

Ces démarches ont permis, selon lui, de mettre en évidence l’existence de ressources humaines, financières, organisationnelles et relationnelles importantes au sein des communautés religieuses, qui pourraient être davantage structurées et orientées vers des activités économiques durables.

Dans cette perspective, Alioune Dione a proposé la mise en place d’un modèle de Coopératives Productives Solidaires (CPS-Dahiras). Le dispositif permettrait d’identifier les besoins et les opportunités économiques des membres des Dahiras, puis de les organiser autour d’activités génératrices de revenus et d’emplois.

Le ministre a également cité plusieurs instruments susceptibles d’accompagner cette dynamique, notamment les incubateurs de l’économie sociale et solidaire communaux, les mécanismes d’appui et de financement dédiés à l’ESS, ainsi que les Boutiques solidaires, destinées à faciliter l’accès aux marchés.

Tivaouane, laboratoire de l’entrepreneuriat communautaire

Dans cette stratégie, Tivaouane pourrait servir de territoire d’expérimentation. Alioune Dione souhaite y identifier les filières porteuses, les initiatives existantes, les entrepreneurs ainsi que les besoins des communautés, avant de mettre en place les premières CPS-Dahiras.

L’ambition est ensuite de mesurer les résultats, d’identifier les difficultés et d’améliorer progressivement le modèle afin de le reproduire dans d’autres foyers religieux du Sénégal.

Le ministre a ainsi réaffirmé la disponibilité de son département à travailler avec la Cellule Zawiya Tidiane en vue de la conclusion d’une convention de partenariat. Celle-ci devrait permettre de structurer les CPS-Dahiras, d’accompagner l’incubation des jeunes et des femmes, de faciliter leur accès à des financements adaptés, de renforcer leurs compétences et de favoriser la digitalisation ainsi que l’accès aux marchés.

Une ambition inscrite dans la territorialisation du développement

Pour Alioune Dione, cette démarche rejoint pleinement les orientations nationales en matière d’emploi, d’économie sociale et solidaire et de développement territorial. Il s’agit, selon lui, de construire une économie qui ne soit pas concentrée dans les grands centres urbains, mais qui permette à chaque territoire de produire, d’entreprendre, de transformer et de créer des emplois.

La diaspora sénégalaise organisée autour des Dahiras à l’étranger constitue également, à ses yeux, un potentiel à mobiliser. Le ministre a notamment évoqué une expérience menée à Bilbao, en Espagne, auprès de la Dahira Tidiane locale, qui lui a permis d’échanger sur les possibilités de promouvoir l’ESS au sein de la diaspora sénégalaise.

Au-delà des dispositifs financiers et institutionnels, le ministre place ainsi la confiance, la solidarité, les réseaux et les compétences au cœur de la nouvelle approche. « Une communauté n’est pas seulement un ensemble de personnes qu’il faut accompagner. C’est aussi un ensemble de compétences et de ressources qu’il faut organiser », a-t-il résumé.

À travers cette vision, Alioune Dione entend faire des Dahiras de véritables leviers de production de richesses, de création d’emplois et d’autonomisation économique, tout en préservant leur vocation spirituelle et les valeurs qui fondent leur existence.

Pour le ministre, le défi consiste désormais à transformer le capital social en capital productif « sans perdre l’âme et les valeurs qui ont permis de le construire ». Tivaouane pourrait ainsi devenir le point de départ d’un modèle d’entrepreneuriat communautaire appelé à être évalué, consolidé puis étendu aux autres foyers religieux du Sénégal.