DAKAR : L’UNESCO ET POLARIS MOBILISENT LES CRÉATEURS CONTRE LA DÉSINFORMATION

À Dakar, l’UNESCO et Polaris Asso veulent accélérer la mise en œuvre du Plan d’action de Praia pour l’intégrité de l’information en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Une vingtaine de créateurs de contenu ont été réunis, lundi 14 septembre, autour d’un objectif : transformer leur influence numérique en levier de promotion d’une information fiable, accessible et responsable.

Adopté à l’issue de la Conférence régionale tenue à Praia du 3 au 5 septembre 2025, le Plan d’action couvre la période 2026-2036. Il s’articule autour de cinq axes : le cadre stratégique et juridique, la gouvernance des plateformes numériques, l’accès à l’information et aux données d’intérêt public, la résilience et les compétences des populations, ainsi que les synergies et partenariats.

Pour Michel Kenmoe, chef du secteur Communication et Information au Bureau régional de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest, le choix de mobiliser les créateurs de contenu s’explique par l’évolution rapide des usages informationnels.

Il s’appuie notamment sur une donnée d’Afrobarometer selon laquelle 67 % des jeunes Africains ont de plus en plus recours aux influenceurs pour accéder à l’information. Une réalité qui, selon lui, confère aux créateurs une responsabilité nouvelle.

« Ce n’est plus juste un hobby, ça ne devrait pas être juste un hobby », a-t-il lancé, invitant les créateurs à prendre pleinement conscience de leur rôle dans l’écosystème informationnel.

Michel Kenmoe a également alerté sur les risques liés à la désinformation, à la mésinformation, aux discours de haine, aux contenus générés par l’intelligence artificielle et aux ingérences numériques. Il a surtout insisté sur le déficit d’accès à une information officielle et crédible.

« Le non-accès à l’information crédible, particulièrement l’information officielle, crée un vide qui devient un terreau fertile pour la désinformation », a-t-il expliqué.

Pour Polaris Asso, l’enjeu est désormais de dépasser les déclarations d’intention. Son directeur exécutif, Ousseynou Gueye, veut que le Plan de Praia débouche sur des résultats mesurables.

« Nous, ce qu’on veut, c’est être tourné vers l’action », a-t-il déclaré. L’objectif est de définir des initiatives évaluables à trois mois, six mois et un an, avec une feuille de route et des responsables identifiés.

Cette ambition intervient dans un contexte où 75 % de la population africaine a moins de 35 ans, selon les données citées par Polaris. Les jeunes représentent donc une part essentielle des populations connectées et constituent une cible privilégiée pour les actions d’éducation aux médias et à l’information.

Les expériences déjà menées par Polaris montrent d’ailleurs le potentiel de ces stratégies. Une campagne pilote d’influence citoyenne et d’éducation aux médias et à l’information a généré plus de 4,5 millions de vues sur des contenus consacrés à la lutte contre la désinformation.

Les participants à l’atelier ont également fait part de leurs attentes. Yacine Gueye, créatrice de contenu spécialisée dans la santé mentale et le bien-être, souhaite notamment contribuer à rendre l’espace numérique plus sûr.

Elle dit vouloir « protéger nos frères et sœurs qui sont aujourd’hui en ligne », notamment face au harcèlement numérique. « Il faut que ce soit plus sûr », a-t-elle insisté.

Ingénieure en cybersécurité et créatrice de contenu, Aminata Niang a, pour sa part, mis l’accent sur la nécessité de rendre l’information à la fois fiable et accessible. Elle s’est référée à la triade « CIA » de la cybersécurité : confidentialité, intégrité et disponibilité.

« Il faut vraiment que l’information soit disponible, que l’information soit vraie et qu’il n’y ait pas d’altération », a-t-elle résumé.

L’atelier de Dakar doit maintenant déboucher sur une feuille de route participative pour les douze prochains mois, avec des actions prioritaires, des échéances et des indicateurs. Des dialogues trimestriels sont également envisagés, ainsi que des sessions thématiques avant les périodes sensibles, notamment les élections ou les crises informationnelles.

Michel Kenmoe a par ailleurs tenu à préciser que le Plan d’action de Praia n’est pas « un plan de l’UNESCO », mais un document porté par les différentes parties prenantes de la région. « C’est votre document », a-t-il rappelé aux créateurs.

Pour l’UNESCO et Polaris Asso, le défi est donc désormais de transformer l’appropriation du Plan de Praia en engagements concrets. Une démarche résumée par Ousseynou Gueye en trois mots : « Action, action, action ».