À Niandane, dans le département de Podor, le tronçon Boubé–Niandane–Guia de 22 kilomètres, demeure un véritable casse-tête pour les populations en raison de son état de dégradation avancée. Depuis plus de quatre décennies, cette voie essentielle aux échanges commerciaux et à l’écoulement des productions agricoles attend toujours son bitumage. Face à cette situation, des femmes commerçantes ont décidé de mobiliser leurs propres moyens pour tenter de réhabiliter la piste, tout en lançant un appel pressant aux autorités pour un désenclavement durable de leur localité.
À Niandane, le quotidien se conjugue avec les difficultés de déplacement. Dans cette localité située dans l’arrondissement de Thillé Boubacar, au cœur de la moyenne vallée du fleuve Sénégal, l’état de la principale voie d’accès constitue un obstacle majeur à la mobilité des personnes et à l’écoulement des productions agricoles. Ici, la route de 22 kilomètres reliant l’axe Ndiayenne Pendao (Boubé) –Niandane–Guia, attendue depuis des décennies, demeure une piste latéritique déformée, creusée d’ornières et particulièrement difficile à pratiquer, notamment pendant l’hivernage.
Pourtant, Niandane dispose d’importantes potentialités agricoles et commerciales. Située au centre du plus grand casier hydroagricole du département de Podor, la localité occupe une place stratégique dans l’économie de la zone. Mais cette vocation économique se heurte à une infrastructure routière qui compromet les déplacements, renchérit les coûts de transport et fragilise les activités des populations.

Des femmes en première ligne
Face à cette situation, des femmes, principalement des commerçantes, ont décidé de ne plus attendre les bras croisés. Confrontées quotidiennement aux difficultés de circulation, elles ont entrepris, avec leurs propres moyens, des travaux sommaires pour améliorer l’état de la piste.
Au sein du collectif des femmes pour le bitumage de la route de Niandane, la mobilisation s’organise autour d’un objectif commun : rendre la voie plus praticable et attirer l’attention des autorités sur l’urgence de sa réhabilitation.
« Nous nous sommes levées pour nous aider nous-mêmes. La route est dans un très mauvais état et constitue également un outil de travail pour nous. Nous nous sommes concertées entre femmes et avons décidé de prendre les choses en main », explique Sokhna Ba, membre du collectif.
Cette initiative repose sur des contributions financières et matérielles consenties par les commerçantes, avec l’appui de certains hommes venus prêter main-forte aux travaux. L’achat du sable nécessaire à la remise en état de certains tronçons représente toutefois une charge importante pour ces femmes, dont les revenus dépendent largement du commerce.
Derrière cette mobilisation se dessine une réalité préoccupante : faute d’une réponse durable, les populations tentent de pallier elles-mêmes les insuffisances d’une infrastructure essentielle à leur développement.

Une route dangereuse, des déplacements éprouvants
À Niandane, emprunter la piste relève souvent de l’épreuve. Les déformations de la chaussée et les nombreuses ornières compliquent la circulation des véhicules, exposant les usagers à des risques d’accident.
Aïssatou Ly, membre du collectif des femmes pour le bitumage de la route, témoigne des dangers auxquels les commerçantes sont régulièrement confrontées, particulièrement les jours de marchés hebdomadaires.
« Nous rencontrons beaucoup de difficultés, surtout les jours de marché. Je me souviens d’un jour, au retour du marché hebdomadaire de Thillé Boubacar, où notre voiture a failli se renverser. Nous avons même dû sauter du véhicule. Un autre jour, un car horaire s’est renversé sur cette route », raconte-t-elle.
Au-delà des risques pour la sécurité des voyageurs, cette situation constitue une entrave à la mobilité des habitants et à l’approvisionnement des marchés. Pendant l’hivernage, les difficultés s’accentuent, certains passages devenant presque impraticables.

L’agriculture et le commerce lourdement pénalisés
À Niandane, la dégradation de la route ne se limite pas à un problème de circulation. Elle affecte directement les revenus des ménages et les perspectives de développement d’une zone dont l’économie repose en grande partie sur l’agriculture, le maraîchage et le commerce.
Les producteurs éprouvent des difficultés à acheminer leurs récoltes vers les marchés, tandis que les commerçantes doivent composer avec les retards, les contraintes de transport et les risques de pertes financières.
Awa Mall, elle aussi confrontée à ces difficultés, décrit les conséquences de cette situation sur les activités commerciales et agricoles.
« Nous sommes des femmes. Parfois, nous prenons des marchandises à crédit, mais dès que la pluie tombe, nous n’avons plus de voies praticables pour passer. Certains paysans n’ont pas pu vendre leurs oignons parce que la route n’était pas praticable. Nous produisons différentes cultures, mais il est difficile de les écouler », déplore-t-elle.
L’enclavement fragilise ainsi toute une chaîne économique, de la production à la commercialisation. Les difficultés d’accès aux marchés peuvent compromettre l’écoulement des récoltes, réduire les revenus des producteurs et aggraver la précarité des commerçantes.
Dans une localité aux potentialités agricoles avérées, l’absence d’une infrastructure routière adaptée apparaît dès lors comme un frein majeur à la valorisation des productions et à l’expansion des activités économiques.

Plus de quatre décennies d’attente
Selon les témoignages recueillis, les populations de Niandane attendent depuis plus de quarante ans le bitumage de leur route. Malgré les engagements annoncés au fil des années, la transformation de cette piste en une véritable voie revêtue ne s’est toujours pas concrétisée.
Cette longue attente nourrit le sentiment d’abandon exprimé par les habitants, qui considèrent désormais le désenclavement comme une priorité absolue.
Face à la persistance du problème, les populations fondent leurs espoirs sur le Plan spécial de désenclavement (PSD), dont elles souhaitent voir les interventions s’étendre à leur localité.
Cheikh Tidiane Diop, habitant de Niandane, interpelle directement les autorités sur la nécessité d’apporter une réponse à cette préoccupation.
« Nous appelons l’État à nous venir en aide. Cette route est notre priorité. Nous lançons un appel au Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, ainsi qu’au ministre des Infrastructures, Déthié Fall, afin que Niandane soit également inscrite parmi les priorités du plan de désenclavement. Nous en avons vraiment besoin », plaide-t-il.
L’habitant évoque notamment la récente visite présidentielle dans les périmètres agricoles de la zone, estimant que l’état de la route n’a pas permis au Chef de l’État d’accéder aux champs de Niandane.
Pour les populations, la réhabilitation de cet axe ne saurait être considérée comme une simple opération d’aménagement routier. Elle représente un levier essentiel pour améliorer les conditions de vie, sécuriser les déplacements et soutenir durablement l’économie locale.

Le désenclavement, une urgence économique et sociale
À Niandane, les potentialités agricoles et maraîchères sont réelles, mais leur pleine exploitation demeure entravée par l’état de la principale voie d’accès. La mobilisation des femmes illustre à la fois la détermination des populations à préserver leurs activités et l’urgence d’une intervention structurelle.
En attendant une réponse des pouvoirs publics, ces commerçantes continuent de consacrer leurs propres ressources à l’entretien sommaire de la piste, alors même que leurs moyens restent limités.
Leur initiative témoigne d’une volonté de prendre leur destin en main, mais elle ne saurait se substituer à un aménagement routier durable.
Pour Niandane, le bitumage de la route apparaît désormais comme une condition essentielle au développement des échanges, à la valorisation des productions agricoles et à l’amélioration de la sécurité des usagers.
Après des décennies d’attente, les populations espèrent que leur appel sera enfin entendu. Car, à Niandane, désenclaver la route, c’est aussi ouvrir de nouvelles perspectives à toute une économie locale et redonner aux femmes, aux producteurs et aux commerçants les moyens de vivre pleinement de leur travail.
