DÉSENCOMBREMENT, ÉCONOMIE INFORMELLE ET MENDICITÉ : MOUHAMADOU MAKHTAR CISSÉ PRÔNE UNE APPROCHE ALLIANT FERMETÉ ET HUMANITÉ

Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, a défendu la poursuite des opérations de désencombrement de l’espace public, tout en soulignant la nécessité de dépasser les interventions ponctuelles au profit de solutions structurelles. Entre responsabilités des collectivités territoriales, accompagnement des acteurs de l’économie informelle et lutte contre les réseaux organisés de mendicité, il plaide pour une application rigoureuse de la loi, dans le respect des droits et de la dignité humaine.

La libération de l’espace public, la régulation des activités informelles et la lutte contre les formes organisées de mendicité constituent des défis auxquels les autorités sénégalaises demeurent confrontées, particulièrement à Dakar. Sur ces questions, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, a défendu une approche articulant fermeté dans l’application de la loi, concertation avec les acteurs concernés et recherche de solutions durables.

Alors que les opérations de désencombrement se poursuivent dans la capitale, le ministre a rappelé que la gestion de l’espace public ne relevait pas exclusivement de son département. Il a notamment insisté sur le rôle des collectivités territoriales, la nécessité d’aménager des espaces adaptés aux activités économiques et les difficultés liées à la prise en charge sociale des personnes vivant de la mendicité.

Désencombrement : une responsabilité partagée entre l’État et les collectivités territoriales

Pour Mouhamadou Makhtar Cissé, l’occupation anarchique de l’espace public constitue un problème qui dépasse les limites de Dakar et affecte plusieurs villes du Sénégal. Il estime que cette situation résulte de dysfonctionnements multiples et ne saurait être résolue par la seule intervention du ministère de l’Intérieur.

Le ministre a ainsi tenu à distinguer les responsabilités de son département de celles des collectivités territoriales, auxquelles incombe notamment la gestion de l’espace public et la salubrité publique.

« Moi, je suis ministre de la Sécurité publique, je ne suis pas ministre de la Salubrité publique », a-t-il rappelé, soulignant que les maires disposent, en vertu des textes régissant les collectivités territoriales, de prérogatives en matière de police municipale, de tranquillité publique et d’organisation de l’espace communal.

Selon lui, les opérations de désencombrement doivent donc s’inscrire dans une action concertée entre les municipalités, les autorités administratives et les forces de sécurité. Il a précisé que la force publique pouvait être mise à la disposition des collectivités qui en font la demande pour accompagner l’exécution de leurs prérogatives.

Le ministre a toutefois reconnu l’ampleur du phénomène, évoquant des trottoirs occupés, des voies de circulation rétrécies par le stationnement et des espaces publics détournés de leur vocation initiale. Une situation qui, selon lui, pénalise aussi bien les automobilistes que les piétons.

Dans cette perspective, il a indiqué avoir poursuivi les actions engagées par ses prédécesseurs, notamment à travers des déplacements sur le terrain destinés à favoriser la libération des principaux axes de circulation.

Au-delà des opérations ponctuelles, la nécessité de solutions durables

Si les opérations de désencombrement permettent de libérer temporairement certains espaces, leur pérennité demeure un défi majeur. Le ministre a reconnu que les interventions ponctuelles ne suffisaient pas à régler durablement le problème, les lieux dégagés étant susceptibles d’être occupés à nouveau en l’absence de mesures d’accompagnement.

« Faire des opérations coup de poing, ça ne réglera pas le problème », a-t-il averti, plaidant pour une action structurelle fondée sur l’application de la loi et une démarche empreinte de compréhension à l’égard des populations concernées.

Pour Mouhamadou Makhtar Cissé, la difficulté tient notamment à la situation sociale des personnes qui occupent la rue pour exercer une activité économique. Marchands ambulants, artisans et autres travailleurs de l’informel ne peuvent être déplacés durablement sans que des solutions alternatives soient envisagées.

Le ministre a ainsi insisté sur la nécessité de trouver des espaces adaptés aux activités de ces travailleurs, estimant qu’il est difficile d’interdire durablement une occupation sans proposer, lorsque cela est possible, un cadre alternatif permettant de poursuivre l’activité.

Cette démarche suppose, selon lui, une collaboration étroite entre les collectivités territoriales, les services de l’urbanisme et les autorités administratives. Il a notamment évoqué la nécessité d’aménager les espaces libérés afin d’empêcher leur réoccupation et de permettre aux populations de mieux s’approprier les lieux.

L’objectif consiste donc à dépasser la seule logique de dégagement des voies pour inscrire les opérations dans une politique plus globale d’aménagement urbain et de gestion de l’espace public.

Le facteur social au cœur de la méthode

Le ministre a également insisté sur la dimension humaine des opérations de désencombrement. Selon lui, les personnes qui exercent des activités dans la rue ne s’y trouvent pas nécessairement par choix, mais souvent en raison de contraintes économiques et sociales.

Cette réalité impose, à ses yeux, une méthode conciliant l’autorité de la loi et la prise en compte de la vulnérabilité des personnes concernées.

« Dans la démarche, dans la méthode, il faut beaucoup de douceur, beaucoup d’humanité », a-t-il déclaré, tout en réaffirmant la nécessité de faire respecter les règles encadrant l’utilisation de l’espace public.

Cette approche vise à éviter que les opérations se réduisent à des interventions coercitives sans lendemain. Le ministre estime que la répression et les sanctions peuvent être nécessaires, mais qu’elles ne suffisent pas à résoudre un phénomène étroitement lié à l’organisation de l’économie et aux conditions de vie des populations.

Il a ainsi appelé à une concertation continue avec les maires et les autorités administratives, notamment les gouverneurs et les préfets, afin de rechercher des réponses adaptées à l’ampleur des difficultés.

Fourrières, moyens logistiques et suivi : les limites opérationnelles

Au-delà des considérations sociales et institutionnelles, Mouhamadou Makhtar Cissé a souligné les contraintes matérielles auxquelles les services chargés du désencombrement sont confrontés.

Il a notamment évoqué l’enlèvement des véhicules en stationnement irrégulier et des épaves qui occupent les voies publiques. Selon lui, les opérations se heurtent à l’insuffisance des moyens logistiques et à l’éloignement des fourrières, qui compliquent le transport des véhicules et réduisent les capacités d’intervention.

Le ministre a expliqué que les déplacements vers les lieux de dépôt, compte tenu de la circulation, mobilisent du temps et des moyens qui ne permettent pas toujours de traiter rapidement l’ensemble des situations constatées.

Il a ainsi souligné la nécessité de disposer de fourrières suffisamment proches et adaptées aux besoins, afin de faciliter l’enlèvement et la conservation des véhicules concernés.

Le suivi des opérations représente un autre enjeu. Le ministre a estimé qu’il n’était ni réaliste ni souhaitable de maintenir en permanence des policiers sur les espaces libérés pour empêcher leur réoccupation, ces agents devant également accomplir leurs autres missions de sécurité publique.

Dans ce contexte, il a évoqué la possibilité de développer la police municipale, citant une proposition formulée par la mairie du Plateau. Il a toutefois précisé ne pas disposer d’une visibilité définitive sur cette perspective, estimant qu’elle relève d’une réflexion à conduire par les collectivités concernées.

Pour lui, la consolidation des résultats dépendra autant de la disponibilité des moyens matériels que de la capacité des autorités locales à organiser et à surveiller durablement les espaces publics.

L’économie informelle, une réalité qui complexifie le désencombrement

L’une des principales difficultés soulevées par le ministre réside dans le poids de l’économie informelle au Sénégal. Mouhamadou Makhtar Cissé a rappelé que ce secteur occupe une place prépondérante dans l’activité économique et constitue une source de revenus pour une part importante de la population active.

Il a, à ce titre, insisté sur la nécessité de tenir compte des réalités économiques avant de mettre en œuvre des mesures susceptibles de priver certains travailleurs de leur principal moyen de subsistance.

« Vous ne pouvez pas les enlever comme ça de la rue », a-t-il déclaré à propos des artisans et des marchands ambulants, soulignant la complexité d’une opération qui touche directement aux conditions de vie de nombreuses familles.

Selon lui, la résolution durable du problème passe notamment par la création de richesses, le développement des entreprises et la multiplication des possibilités d’emploi.

Le ministre a ainsi établi un lien entre la gestion de l’espace public et les politiques économiques, estimant que la création d’emplois formels et l’amélioration des perspectives d’insertion professionnelle contribueraient à réduire progressivement la pression exercée sur les rues et les trottoirs.

En attendant ces transformations, il préconise des mesures progressives, accompagnées d’une concertation avec les acteurs concernés. La fermeté, a-t-il rappelé, doit s’exercer dans un cadre qui tient compte des réalités sociales et des possibilités de réinstallation des personnes déplacées.

Mendicité : distinguer la précarité des réseaux organisés

Abordant la question de la mendicité, le ministre a souligné la nécessité de distinguer les situations individuelles de précarité des activités susceptibles de relever de réseaux organisés, notamment de traite des personnes.

Il a indiqué que les services d’enquête procédaient régulièrement au démantèlement de réseaux impliqués dans des activités illicites, dans un contexte régional marqué par des crises et des déplacements de populations.

Mouhamadou Makhtar Cissé a également rappelé que les liens historiques, culturels et familiaux entre les peuples ouest-africains rendaient les mobilités particulièrement importantes dans la région. Les frontières étatiques, a-t-il expliqué, ne doivent pas faire oublier l’ancienneté des échanges entre les populations.

Cette réalité contribue, selon lui, à la complexité de la gestion des déplacements et des activités de mendicité au Sénégal.

Le ministre a toutefois souligné que la dimension culturelle, sociale et religieuse de la mendicité ne dispensait pas les autorités de faire respecter la législation en vigueur. Il a reconnu que l’application de la loi dans ce domaine se heurtait à des difficultés particulières, notamment lorsque les personnes concernées se trouvent dans des situations de grande vulnérabilité.

Il a ainsi insisté sur la nécessité de distinguer les personnes en situation de précarité des individus impliqués dans des réseaux organisés, pour lesquels des sanctions plus sévères peuvent être justifiées en fonction des infractions établies.

Plus de 7 000 contrôles annoncés depuis janvier 2026

Pour illustrer l’action des services de sécurité, Mouhamadou Makhtar Cissé a indiqué que la police avait effectué plus de 7 000 contrôles depuis janvier 2026 concernant des personnes visées par ces opérations.

Il a également fait état de reconduites à la suite de décisions judiciaires, tout en rappelant que les forces de police ne peuvent procéder à une expulsion sans respecter les procédures prévues par la loi.

« La police n’a pas le pouvoir de venir saisir les gens et de les expulser », a-t-il souligné, insistant sur le rôle de la justice dans les décisions relatives au séjour des personnes étrangères.

Le ministre a par ailleurs expliqué que les interventions dans ce domaine demeuraient sensibles, notamment en raison de la présence de femmes et d’enfants parmi les personnes concernées et des difficultés liées à leur prise en charge.

Il a ainsi défendu une application de la loi qui tienne compte des situations individuelles et du respect des droits, tout en réaffirmant la volonté des autorités de lutter contre les activités illicites.

Le chiffre de plus de 7 000 contrôles avancé par le ministre témoigne, selon les éléments présentés lors de son intervention, de l’activité des services sur le terrain. Il ne constitue toutefois pas, à lui seul, un décompte des infractions établies, des réseaux démantelés ou des personnes effectivement reconduites.

Entre respect de la loi et solidarité africaine

Mouhamadou Makhtar Cissé a également tenu à mettre en garde contre toute approche susceptible de stigmatiser les ressortissants de pays voisins ou d’autres États africains.

Se réclamant d’une tradition panafricaine et rappelant l’attachement du Sénégal au principe de l’unité africaine, il a insisté sur la nécessité de concilier le respect de la législation nationale avec les valeurs d’hospitalité et de tolérance.

Pour lui, la lutte contre les réseaux organisés ne doit pas se transformer en une mise en cause collective des personnes étrangères présentes sur le territoire sénégalais.

« Il faut appliquer la loi compte tenu des nationalités, compte tenu de l’activité », a-t-il déclaré, plaidant pour une réponse fondée sur les comportements et les infractions constatées plutôt que sur l’origine des personnes.

Le ministre a également évoqué les conséquences que pourraient avoir certaines mesures sur les Sénégalais établis dans les pays voisins. Il a ainsi souligné l’importance de préserver les relations entre les peuples et de tenir compte de la réciprocité dans le traitement des questions migratoires.

Cette approche, a-t-il expliqué, implique de lutter contre les franchissements irréguliers de frontières organisés par des réseaux, sans entraver pour autant les déplacements légitimes des personnes.

Contrôle des frontières et fluidité des échanges commerciaux

Le ministre a enfin abordé la question de la sécurisation des frontières, évoquant une récente tournée au cours de laquelle il s’est rendu dans plusieurs postes frontaliers pour remobiliser les services chargés du contrôle.

Il a insisté sur la nécessité de renforcer la vigilance face aux activités illicites et aux réseaux organisés, tout en évitant que les contrôles ne constituent un obstacle excessif aux échanges commerciaux entre les pays de la sous-région.

Mouhamadou Makhtar Cissé a rappelé que le Sénégal entretient des relations économiques importantes avec ses voisins, notamment à travers les exportations de ciment, de fruits et de légumes, ainsi que les importations de marchandises diverses.

Dans cette perspective, la sécurisation des frontières doit, selon lui, être conciliée avec la fluidité des corridors commerciaux et la libre circulation des personnes dans le respect des règles applicables.

L’enjeu consiste donc à renforcer les contrôles sans compromettre les échanges économiques régionaux, dans un espace où les relations commerciales et humaines demeurent étroitement liées.