CRISE UNIVERSITAIRE : ABDOU SALAM SALL PLAIDE POUR UN NOUVEAU MODÈLE DE FINANCEMENT

Invité de l’émission En Vérité sur Radio Sénégal, le professeur Abdou Salam Sall, ancien recteur de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), a livré son analyse sur les difficultés structurelles que traverse l’enseignement supérieur sénégalais.

Pour lui, le principal problème des universités sénégalaises réside dans leur mode de financement. « Le plus grand problème de nos universités, c’est que c’est seulement l’État qui y met de l’argent », affirme-t-il, soulignant que l’enseignement supérieur exige des ressources considérables.

Il compare la situation avec certaines universités américaines dont les budgets dépassent celui du Sénégal, même sans figurer dans les classements mondiaux. À ses yeux, les universités sénégalaises doivent développer un modèle économique plus diversifié, permettant à l’État d’augmenter son apport tout en mobilisant d’autres acteurs, notamment les banques.

L’ancien recteur cite l’exemple du modèle APEX en France, où les diplômés cadres contribuent financièrement à travers une cotisation prélevée à la source pour soutenir l’insertion professionnelle. Il rappelle avoir tenté une initiative similaire avec la Fondation UCAD, sans succès, faute d’un ancrage institutionnel solide. « Si un million de diplômés donnent chacun 10 000 FCFA, cela ferait 10 milliards », illustre-t-il, plaidant pour une confiance accrue dans les capacités nationales.

Abdou Salam Sall estime également que le poids des bourses constitue un frein à l’investissement dans l’enseignement supérieur. Selon lui, leur généralisation en 2000, après le décès de l’étudiant Balla Gaye, s’est faite sans études d’impact suffisantes.

« La bourse est tellement lourde pour l’État que cela empêche d’investir convenablement dans l’enseignement supérieur », soutient-il, rappelant qu’auparavant, le nombre d’étudiants était plus réduit et que tous n’étaient pas boursiers.

Pour sortir de l’impasse, il appelle à une normalisation de l’année académique et à une réforme en profondeur de l’organisation des formations et des examens. Il propose notamment l’introduction d’un système de crédits afin d’alléger la charge financière liée aux bourses.

Pour Abdou Salam Sall, la résolution durable de la crise universitaire passe par une refonte du modèle de financement et une réforme structurelle du système académique, afin de garantir à la fois qualité, stabilité et viabilité économique.