DRAMES UNIVERSITAIRES : « LA DOCTRINE SÉCURITAIRE À L’UNIVERSITÉ N’A PAS CHANGE DEPUIS SENGHOR » ABDOU SALAM SALL

Invité de l’émission En Vérité sur Radio Sénégal, le professeur Abdou Salam Sall, ancien recteur de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), s’est exprimé sur les décès d’étudiants enregistrés ces dernières années lors de manifestations sur le campus.

Selon lui, la récurrence de ces drames trouve son origine dans une doctrine sécuritaire restée inchangée depuis l’ère de Léopold Sédar Senghor. « La doctrine sécuritaire depuis Senghor n’a pas changé », affirme-t-il, évoquant également les présidences d’Abdou Diouf, Abdoulaye Wade, Macky Sall et l’actuel chef de l’État Bassirou Diomaye Faye. À ses yeux, cette continuité s’inscrit dans un héritage remontant même à la période coloniale.

Abdou Salam Sall est également revenu sur la problématique des franchises universitaires, notamment l’exclusion du campus social depuis 1994. Il estime que cet espace, où se déroule une grande partie de la vie estudiantine, devrait être intégré aux franchises universitaires.

S’il reconnaît la nécessité d’assurer la sécurité dans un espace regroupant des milliers d’étudiants, il plaide pour une approche différente de la sécurité policière classique. « Nous avions même proposé une police universitaire », rappelle-t-il, soulignant qu’un dispositif formé aux réalités du milieu académique serait plus adapté et contribuerait à l’apaisement des tensions.

Au-delà de la question sécuritaire, l’ancien recteur appelle à une réforme structurelle du système éducatif sénégalais. Selon lui, les solutions doivent être envisagées « en partant du bas de l’échelle, depuis la maternelle ».

Il insiste sur la nécessité de renforcer les filières professionnalisantes et de ne plus considérer la formation professionnelle comme un choix par défaut, mais comme une orientation valorisée. Les Instituts supérieurs d’enseignement professionnel (ISEP), dit-il, ont démontré que même des bacheliers littéraires peuvent réussir dans des filières technologiques.

Pour Abdou Salam Sall, seule une réforme globale, combinée à une redéfinition des doctrines sécuritaires sur les campus, permettra d’éviter la répétition de drames et de restaurer durablement un climat apaisé au sein de l’université sénégalaise.