La République islamique d’Iran a confirmé, dans la nuit de samedi à dimanche, la mort de son guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, à l’âge de 86 ans. L’annonce, relayée par la télévision d’État, s’accompagne d’une période de deuil national de 40 jours et de sept jours fériés, alors que le contexte sécuritaire régional demeure explosif.
Les autorités iraniennes n’ont pas précisé les circonstances du décès, mais la disparition intervient au lendemain d’une escalade militaire majeure. Les États-Unis ont annoncé avoir mené des « opérations de combat majeures » contre l’Iran dans le cadre d’une action conjointe avec Israël. En riposte, Téhéran a lancé des frappes visant plusieurs monarchies du Golfe, ravivant les craintes d’un conflit régional de grande ampleur.
Dans ce climat de forte tension, les Gardiens de la révolution ont promis « un châtiment sévère » aux responsables de la mort du guide suprême. Samedi soir, le président américain Donald Trump avait déjà évoqué des « signes » confirmant le décès, tandis que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’était également exprimé en ce sens.
Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le secrétaire général Antonio Guterres a mis en garde contre une spirale incontrôlable. Il a condamné à la fois les frappes israélo-américaines sur l’Iran et les représailles iraniennes, estimant que l’action militaire risque de déclencher « une série d’événements que personne ne peut contrôler dans la région la plus volatile du monde ».
Une figure centrale du pouvoir iranien depuis 1989
Né le 19 avril 1939, Ali Khamenei dirigeait l’Iran depuis 1989, succédant à l’ayatollah Rouhollah Khomeini, fondateur de la République islamique. Son autorité s’étendait aux sphères religieuse, politique et militaire, faisant de lui l’homme le plus puissant du pays. Sous son leadership, le Corps des Gardiens de la révolution a renforcé son influence interne et régionale, notamment au Liban, en Irak et en Syrie.
Fils d’un imam, formé dans les centres chiites de Najaf et Qom, Khamenei s’était illustré par son activisme contre le régime du shah Reza Pahlavi, ce qui lui avait valu plusieurs séjours en prison dans les années 1960 et 1970. Fidèle à Khomeini, il devient président en 1981 après avoir survécu à une tentative d’assassinat qui le laissera partiellement paralysé d’une main.
Au fil de trois décennies de pouvoir, il a supervisé des présidences aux orientations diverses, des modérés Mohammad Khatami et Hassan Rohani aux conservateurs Mahmoud Ahmadinejad et Ebrahim Raïssi, consolidant progressivement son emprise sur l’appareil d’État.
Une succession sous haute incertitude
La question de sa succession n’avait jamais été officiellement débattue, bien que son fils Mojtaba ait parfois été évoqué comme successeur potentiel, une hypothèse publiquement démentie par l’intéressé. L’absence de clarification ouvre désormais une phase d’incertitude politique majeure à Téhéran.
Très discret ces dernières années, Khamenei avait réduit ses apparitions publiques depuis le conflit de 2025 avec Israël, surnommé la « guerre de 12 jours ». Selon des médias israéliens, une trentaine de bombes auraient visé samedi son complexe résidentiel, sans confirmation officielle iranienne.
Figure austère mais réputée pour son érudition, amateur de poésie et de littérature, Ali Khamenei laisse derrière lui une empreinte profonde sur la trajectoire idéologique et stratégique de l’Iran contemporain. Sa disparition intervient à un moment critique, où l’équilibre régional paraît plus fragile que jamais.
