TRS ET POLÉMIQUE FINANCIÈRE : « RIEN N’A ÉTÉ CACHÉ », ASSURE LE MINISTRE DES FINANCES

Le gouvernement sénégalais muscle sa communication autour de la gestion de la dette. Lors d’un point de presse tenu ce 26 mars à Dakar, le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, a livré une démonstration détaillée pour déconstruire les accusations d’« emprunts cachés » évoquées par le Financial Times.

Dans une prise de parole structurée, le ministre a insisté sur la cohérence stratégique du recours aux TRS (Total Return Swaps), qu’il inscrit dans la volonté de l’État d’approfondir le marché régional et de diversifier ses sources de financement, conformément à la Stratégie de gestion de la dette à moyen terme.

Un instrument au service du financement domestique

Cheikh Diba assume pleinement le choix des TRS, présentés comme un levier d’attractivité pour les investisseurs internationaux sur le marché régional des titres publics. L’objectif est clair : privilégier un financement en FCFA, tout en renforçant la profondeur du marché domestique.

« Ces opérations reflètent notre volonté d’orienter davantage le financement vers le marché régional », explique-t-il, rejetant l’idée selon laquelle elles auraient servi à masquer des tensions de trésorerie. Le ministre recadre d’ailleurs le débat sur la notion de défaut : honorer le service de la dette revient, par définition, à éviter un défaut potentiel, une logique valable pour tout État emprunteur.

Sur le plan économique, l’argumentaire est sans ambiguïté. Le recours aux TRS aurait permis au Sénégal de bénéficier de conditions nettement plus favorables que sur les marchés internationaux. Selon le ministre, un emprunt via eurobonds en 2025 aurait coûté entre 11 % et 12 %, contre environ 7 % via les TRS. Une différence de 5 points qui se traduit par une économie annuelle estimée à 36 milliards de FCFA sur le service de la dette. « Les conditions sont clairement plus avantageuses », martèle-t-il, évoquant une optimisation assumée des coûts de financement dans un contexte international marqué par un durcissement des conditions d’accès aux capitaux.

Transparence revendiquée et absence de passif caché

Sur la question sensible de l’opacité, Cheikh Diba oppose un démenti catégorique. Il affirme que toutes les opérations ont été réalisées dans un cadre légal strict, sans aucune condition contraignante ni passif dissimulé. Les investisseurs, précise-t-il, ont simplement souscrit à des adjudications classiques de titres publics. Aucun actif de l’État n’a été mis en garantie et aucun transfert de propriété spécifique n’a été opéré. Autre point clé : les montants mobilisés sont intégralement enregistrés dans les statistiques du marché des titres publics, excluant toute forme de dette hors bilan.

Le ministre rappelle également que le Sénégal recourt depuis plusieurs années à des produits dérivés, notamment pour se prémunir contre les fluctuations de change. Les TRS s’inscrivent ainsi dans une continuité d’outils financiers déjà mobilisés en 2011, 2015 ou 2018. Quant aux risques, ils sont jugés « maîtrisés » grâce à la faible volatilité du marché domestique. Une caractéristique qui distingue ces opérations de certaines émissions internationales plus exposées.

Une communication assumée auprès des institutions

Cheikh Diba insiste sur la transparence institutionnelle du processus. Les TRS ont été présentés devant l’Assemblée nationale dès novembre 2025, intégrés dans les documents budgétaires et communiqués au FMI dans le cadre du suivi du programme économique. « Rien n’a été caché », affirme-t-il, estimant que les accusations d’opacité relèvent davantage d’une lecture biaisée que d’une réalité factuelle.

Au-delà de la dimension technique, la sortie du ministre porte une tonalité politique. Il appelle à une mobilisation autour des intérêts économiques du pays, dans un contexte international incertain. Rappelant les tensions sur les marchés mondiaux, il souligne que le gouvernement suit de près les évolutions économiques afin d’anticiper leurs impacts sur le Sénégal.

Cette séquence illustre un enjeu stratégique majeur : préserver la signature financière du Sénégal et rassurer partenaires et investisseurs. En défendant les TRS, l’exécutif cherche à reprendre la maîtrise du narratif autour de la dette publique. Le message est clair : le Sénégal revendique une gestion « responsable, transparente et professionnelle » de ses finances, tout en assumant des choix d’ingénierie financière adaptés à un environnement global de plus en plus contraint.