AJUSTEMENT STRUCTUREL : AL AMINOU LÔ EXPOSE LES CONTRAINTES ET LES PRIORITÉS DU REDRESSEMENT ÉCONOMIQUE

Le diagnostic posé par Ahmadou Al Aminou Lô devant l’Assemblée nationale est sans détour. Le Premier ministre a estimé que le niveau actuel de croissance du Sénégal ne permet pas de répondre à la dynamique démographique du pays.

« Notre croissance hors hydrocarbures en 2025 est de 2,25 % », a-t-il indiqué, soulignant que ce taux est inférieur au taux de natalité, qu’il situe à 3 %. Pour le chef du gouvernement, cette situation signifie mécaniquement une baisse de la richesse disponible par habitant.

« Nous nous sommes appauvris en 2025 et nous allons encore nous appauvrir en 2026 », a-t-il déclaré, en mettant cette évolution en relation avec les difficultés de financement auxquelles l’État est confronté.

Selon le Premier ministre, cette situation résulte notamment du renoncement ou du report de plusieurs investissements publics à caractère social et productif. Il a également évoqué l’accumulation d’arriérés de paiement, dont les effets se font sentir sur la viabilité des PME et PMI ainsi que sur l’emploi dans les grandes entreprises.

Jubbanti Koom « Nous n’avons pas les résultats souhaités »

Ahmadou Al Aminou Lô est également revenu sur le Plan de redressement économique et social « Jubbanti Koom », présenté comme une réponse ambitieuse aux difficultés économiques du pays.

Le plan prévoyait, selon lui, 6 166 milliards de francs CFA sur trois ans, avec notamment 1 091 milliards issus du recyclage d’actifs, auxquels devaient s’ajouter le financement endogène, la réduction du train de vie de l’État et la mobilisation de ressources domestiques.

Mais le Premier ministre reconnaît que les résultats escomptés n’ont pas été atteints.

Il cite notamment la mobilisation des recettes fiscales : l’objectif fixé était de 303 milliards de francs CFA, pour une réalisation de seulement 173 milliards.

« Nous sommes ambitieux mais nous n’avons pas les résultats souhaités pour ce plan », a-t-il reconnu.

À ces difficultés internes s’est, selon lui, ajouté un environnement international défavorable. Ahmadou Al Aminou Lô a ainsi évoqué les conséquences du choc lié à la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël, qui aurait davantage fragilisé les équilibres économiques déjà précaires.

Le risque du « suul bu ki, suuli bu ki »

Dans ce contexte, le Premier ministre a appelé les Sénégalais à regarder la situation économique avec lucidité. Il a notamment mis en garde contre la poursuite d’un mécanisme consistant à contracter de nouvelles dettes pour rembourser les anciennes.

Il l’a résumé par une expression populaire : « suul bu ki, suuli bu ki », autrement dit, payer une dette en contractant une autre dette.

« Nous sommes dans ça et nous devons l’abandonner », a-t-il averti, estimant qu’une poursuite de cette dynamique finirait par compromettre davantage la crédibilité financière du Sénégal.

Le chef du gouvernement a illustré son propos par l’évolution du prix des titres sénégalais sur les marchés internationaux : « s’ils valaient 100, maintenant on les vend à 50 », a-t-il affirmé.

Une situation qui traduit, selon lui, la perte de confiance des investisseurs et les difficultés croissantes du pays à se financer dans des conditions soutenables.

« Nous sommes en ajustement structurel »

C’est probablement l’une des déclarations les plus fortes de cette séquence de la DPG. « Nous sommes en ajustement structurel », a déclaré Ahmadou Al Aminou Lô. Le Premier ministre a ensuite insisté sur une contrainte fondamentale : le Sénégal ne dispose pas encore d’une épargne nationale suffisante pour financer seul ses besoins d’investissement.

Il a indiqué que l’épargne représente 24 % de la richesse nationale, contre 31 % pour les investissements. L’écart doit donc être financé par des ressources extérieures.

La diaspora constitue déjà une source majeure de ressources. Les transferts des Sénégalais de l’extérieur ont atteint, selon lui, 2 642 milliards de francs CFA en 2025. Mais le Premier ministre souligne que 85 % de cette somme est consacrée aux dépenses courantes des familles, ce qui limite sa transformation en épargne et en investissement productif.

Le financement endogène, mais sans « autarcie »

Pour Ahmadou Al Aminou Lô, le financement endogène demeure nécessaire, mais il ne peut être présenté comme une solution immédiate à l’ensemble des besoins du pays. « Nous sommes d’accord pour le financement endogène, il faut y aller, mais il faut être réaliste », a-t-il déclaré, estimant que le Sénégal ne pourra réellement compter davantage sur son épargne intérieure qu’après avoir accumulé suffisamment de richesses.

Le Premier ministre récuse ainsi toute perspective d’autarcie économique. « Nous ne pouvons pas être en autarcie, nous avons besoin de l’étranger », a-t-il affirmé. Dès lors, l’un des enjeux prioritaires consiste, selon lui, à reconstruire un environnement macroéconomique suffisamment crédible et attractif pour permettre au Sénégal de retrouver l’accès aux financements extérieurs. « L’arbitrage, c’est d’avoir un cadre macroéconomique attractif. Il nous faut renouer avec la communauté internationale », a conclu le chef du gouvernement.

À travers cette séquence, Ahmadou Al Aminou Lô dessine ainsi les contours d’une politique économique placée sous le signe de la contrainte : réduire les déséquilibres, restaurer la confiance, renforcer les ressources domestiques et préserver l’accès aux financements internationaux, tout en maintenant l’objectif d’une transformation structurelle de l’économie.