PROTECTION DES ENFANTS TALIBÉS : BINETA GUEYE THIAM PLAIDE POUR UNE STRATÉGIE NATIONALE DE SAUVEGARDE

À la suite de l’annonce du Gouvernement relative à la modification de l’article 319 du Code pénal, Bineta Gueye Thiam, doctorante à Nottingham Trent University (NTU) et fondatrice de WASSOR Womanity, appelle à faire de la protection des enfants talibés une priorité nationale fondée sur la prévention et la sauvegarde.

Selon la praticienne en santé mentale médico-légale, une approche exclusivement pénale risque de détourner l’attention des véritables enjeux de protection de l’enfance. Si la sanction est nécessaire, elle intervient après le préjudice. Or, insiste-t-elle, l’urgence réside dans la mise en place de mécanismes capables d’empêcher les violences avant qu’elles ne surviennent.

Elle rappelle que les recherches en psychologie médico-légale montrent que les violences sexuelles envers les mineurs sont favorisées par trois facteurs majeurs : l’accès aux victimes, les opportunités d’abus et l’absence de tutelle protectrice efficace. Dans le cas des enfants talibés, marqués par la précarité et une supervision parfois intermittente, ces vulnérabilités structurelles augmentent les risques.

Pour Bineta Gueye Thiam, la prévention constitue le levier le plus efficace pour réduire durablement les violences. Elle met en avant la nécessité de structures d’hébergement sûres, d’adultes formés à la protection de l’enfance, de services psychosociaux adaptés et de mécanismes de signalement confidentiels.

Elle souligne que les études internationales démontrent l’efficacité de ces dispositifs pour réduire la victimisation et rompre les cycles intergénérationnels de traumatisme. Sans interventions précoces et environnements protecteurs, les vulnérabilités initiales peuvent se transformer en marginalisation ou en criminalisation à long terme.

L’universitaire plaide ainsi pour l’intégration d’un cadre national de sauvegarde des enfants talibés articulé autour de cinq axes : des structures de tutelle et de supervision constantes ; des environnements d’hébergement sûrs et régulés ; des services psychosociaux sensibles aux traumatismes ; des mécanismes de signalement adaptés aux enfants ; des systèmes de suivi et d’évaluation fondés sur des données probantes.

« Les infractions pédocriminelles ne surviennent pas dans le vide ; elles supposent un accès aux victimes, des opportunités et une absence de protection effective », rappelle-t-elle, estimant que la société doit d’abord renforcer ses mécanismes de sauvegarde avant de se concentrer sur l’alourdissement de l’arsenal pénal.

Pour Bineta Gueye Thiam, investir dans la prévention aujourd’hui revient à réduire les violences de demain et à garantir la sécurité, la dignité et le bien-être des enfants talibés, dans une logique à la fois morale et scientifique.