L’Assemblée nationale affiche depuis plusieurs semaines une activité soutenue, avec l’examen de plusieurs propositions de loi et la mise en place de commissions d’enquête parlementaires. Une dynamique que salue Djibril Gningue, expert électoral et membre du GRADEC, tout en appelant les députés à revoir leur méthode dans la conduite des réformes.
Invité de l’émission « En Vérité » sur Radio Sénégal, l’expert électoral estime que cette mobilisation du Parlement s’inscrit dans les engagements pris par le nouveau régime, notamment en matière de reddition des comptes et de réformes politiques et institutionnelles.
« Les réformes passent d’abord par des lois », souligne Djibril Gningue, qui considère donc comme positive la montée en puissance de l’activité parlementaire. Il nuance toutefois son appréciation : « La manière de le faire est une autre chose. »
Pour Djibril Gningue, la méthode adoptée par l’Assemblée nationale pourrait alimenter des tensions avec l’Exécutif. L’expert évoque notamment une tension entre les prérogatives du président de la République et celles du Parlement.
Il rappelle que le Sénégal fonctionne actuellement dans un régime où le chef de l’État occupe une position centrale dans les institutions.
« Nous sommes dans un régime où le président de la République est la clé de voûte des institutions », affirme-t-il, estimant que l’Assemblée nationale doit tenir compte de cette réalité institutionnelle dans la conduite de ses réformes.
Selon lui, même si le Parlement dispose de prérogatives importantes, son action doit s’inscrire dans une logique de dialogue avec le président de la République. À défaut, prévient-il, la multiplication des initiatives sans concertation pourrait déboucher sur des tensions, voire sur un blocage institutionnel.
L’expert électoral estime par ailleurs que la volonté de rupture affichée par les nouvelles autorités ne pourra être pleinement concrétisée sans une transformation plus profonde du cadre institutionnel.
Pour lui, les changements envisagés nécessiteraient notamment une nouvelle Constitution et le passage à une « troisième République ».
Djibril Gningue rappelle, dans son analyse historique, que le Sénégal est actuellement dans le cadre institutionnel issu de la Constitution de 1963, après la première République de 1959.
Il considère ainsi que la rupture institutionnelle souhaitée par certains acteurs ne peut être pleinement réalisée dans le cadre actuel. « La rupture qu’ils veulent n’est pas pour le moment possible si nous n’allons pas vers la troisième République », soutient-il.
Tout en saluant l’activisme parlementaire, le membre du GRADEC invite donc les différents pouvoirs à privilégier la concertation. Pour lui, l’enjeu est de permettre aux réformes engagées de produire des résultats sans créer une confrontation durable entre l’Assemblée nationale et l’Exécutif.
