REVALORISATION DE LA FORMATION DES JOURNALISTES DANS LE CADRE DU FADP ET RÔLE PIONNIER DU CESTI : LE PARI DE LA QUALITÉ – Par Mamadou NDIAYE, Directeur du CESTI

Dans le cadre d’un exercice inédit de communication placé sous le sceau de la transparence et de la redevabilité, le Ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique (MCTN) a présenté le rapport de gestion 2025 du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP) le mardi 7 avril 2026. La publication de ce rapport a suscité de nombreux commentaires. Dans cette contribution, je voudrais limiter mon propos au volet Formation.

Le CESTI a reçu une enveloppe de 125 750 000 FCFA pour l’exercice 2025. Ce qui constitue une augmentation nette comparée aux dernières années où nous recevions respectivement 40, 35, 50 et 25 millions malgré nos plaidoyers pour l’augmentation de l’enveloppe lors des réunions du Conseil d’établissement ou à l’occasion des différentes cérémonies auprès du représentant du MCTN. C’est donc le lieu d’adresser au ministre Alioune Sall, à ses collaborateurs, aux organisations professionnelles et aux membres du comité de gestion nos remerciements pour leur confiance et pour la place qu’ils accordent à la formation.

Le CESTI et la formation du FADP : une longue histoire

Depuis le début des années 2000, le CESTI a formé des centaines de journalistes et de techniciens des médias dans le cadre de ce programme initialement dénommé Fonds d’aide à la presse (Fap). S’inspirant de cette expérience sénégalaise, le Bénin a sollicité le CESTI pour dispenser cette formation de 2015 à 2019 dans le cadre du projet CESTI229 avec la Commission Nationale de Migration de l’Analogique au Numérique (CNMAN).

Malgré tout, depuis plusieurs années, des acteurs de l’écosystème des médias, pour la plupart d’ailleurs diplômés de notre établissement, œuvrent pour que le volet Formation du FADP ne soit plus confié au CESTI mais transféré à la Maison de la Presse ou à leurs organisations professionnelles.

Ce qu’ils ne savent sans doute pas, c’est que le CESTI dispense cette formation en vertu de la confiance que lui accordent le MCTN et les organisations comme le SYNPICS et le CDEPS. Il fut des années où cette formation a été confiée à d’autres établissements mais ce sont les journalistes eux-mêmes qui l’ont rapatriée au CESTI, sans doute, compte tenu de la qualité des apprentissages qu’ils y reçoivent et de la notoriété du centre.

Cette année encore, une principale recommandation formulée au cours des travaux du Conseil de gestion porte sur le fait d’élargir la formation du FADP aux écoles privées de journalisme reconnues pour la qualité de leurs enseignements.

Pour avoir discuté avec certains acteurs, nous comprenons toutes les intentions nichées derrière cette recommandation. Le moment opportun, nous poserons le débat.

Pour le moment, je voudrais juste rappeler trois points précis.

1. Le CESTI est la seule école publique de formation en journalisme au Sénégal. Comment comprendre dans un contexte marqué par la rareté des ressources, que l’on puisse demander à un État de délaisser son joyau national pour aller renforcer des initiatives privées ?

2. Lors des Assises de la Presse, de par la qualité de ses curricula et son expérience de plus de 60 ans dans le domaine, le CESTI a été désigné école de référence pour la formation en journalisme.  

3. Le CESTI est reconnu par l’UNESCO comme étant un centre d’excellence de formation en journalisme. Ce statut est tellement reconnu que ce sont nos étudiants fraichement sortis de l’école qui officient dans certaines écoles privées. Dans les rédactions, nos stagiaires de 2e année se distinguent par leur niveau de maîtrise de la pratique journalistique parce qu’ils n’ont pas appris le journalisme dans un amphithéâtre ou dans une école de commerce au détour d’un module niché dans une spécialisation Marketing-Communication.

La formation, seule garantie d’une information de qualité.

Être journaliste aujourd’hui, c’est connaître et intégrer dans l’exercice de son métier les règles fondamentales parmi lesquelles figurent la maîtrise des techniques de collecte et de traitement de l’information, la quête inlassable de l’intérêt général au détriment des intérêts particuliers. Être journaliste, c’est aussi prendre conscience de sa responsabilité en adossant sa conduite sur les exigences d’une information de qualité, sur les principes éthiques et les règles de déontologie de la profession. Joseph Pulitzer disait qu’un journaliste « c’est celui qui est de quart sur le vaisseau de l’État… Il perce le brouillard et la tempête pour prévenir des dangers qui guettent. Il ne pense ni à ses gages, ni aux profits de ses propriétaires. Il est là pour protéger la sécurité et le bien-être de tous ceux qui lui font confiance ».

Nous constatons tous que l’éclosion des médias, le développement d’internet et la démocratisation des terminaux mobiles au Sénégal ont débouché sur l’émergence d’une masse importante de journalistes sans formation de base et donc sans connaissance de leur métier. Depuis quelques années, à la demande du MCTN, du SYNPICS et du CDEPS, le CESTI prend en charge les besoins en formation de ces journalistes dans le cadre du FADP. La nouveauté de cette année, c’est que des journalistes, même ayant déjà été bien formés, déposent néanmoins leurs candidatures parce que l’offre de formation proposée intègre les dernières évolutions du métier notamment dans le domaine du numérique et de l’audiovisuel.

Cette mise à jour de la formation est d’autant plus nécessaire qu’elle propose un perfectionnement et une adaptation aux évolutions du métier de journaliste confronté aux changements nés de l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle dans un contexte marqué par la désinformation, les messages de haine et la manipulation de l’information. Les techniques mises en œuvre impliquent de nouvelles pratiques adossées au fact-checking, au journalisme mobile, à l’intelligence artificielle générative, à l’économie des médias, au JRI et à des techniques d’investigation poussées.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, malgré la hausse significative de l’enveloppe allouée à la formation dans le cadre du FADP, nous sollicitons du MCTN une augmentation accrue de l’enveloppe allouée au CESTI pour nous permettre de prendre en charge d’autres types de formation. Dans le but de l’amélioration de la qualité de la production journalistique, nous développons des initiatives diverses avec plusieurs partenaires visant à développer le journalisme d’investigation. La demande est forte ; le fonds insuffisant pour prendre en charge les nombreux projets d’enquête. Les entreprises de presse confrontées à de réelles difficultés économiques n’arrivent pas à soutenir ce genre noble du journalisme. L’État du Sénégal, à travers le MCTN et le FADP, pourrait mettre en œuvre une bourse visant à soutenir une telle initiative.

Aussi, pour lutter contre la désinformation, la manipulation de l’information et la propagation des messages de haine, le CESTI est outillé pour porter un programme national d’Éducation aux Médias et à l’Information (EMI). Une telle initiative vise à développer l’esprit critique et à reconquérir la confiance des publics dans les médias et les institutions plus globalement. Les perspectives d’éducation des publics jeunes ou moins jeunes représentent une réelle opportunitéd’éducation à la désinformation et aux moyens de s’en préserver.

C’est un truisme que de le dire. Aujourd’hui, nous savons tous que le journaliste n’a plus le monopole de la production et de la diffusion de l’information. Qu’ils s’appellent créateurs de contenus, chroniqueurs, influenceurs ou journalistes citoyens, le fait est que ces nouveaux acteurs disposent d’une forte audience et sont une réalité dans l’espace médiatique sénégalais. Il faudra les encadrer et cela passe par la mise en place de formations appropriées pour qu’ils comprennent les enjeux, risques et limites des espaces ou plateformesnumériques qu’ils utilisent.

Depuis quelques années, de nombreuses initiatives sont prises pour assainir le secteur des médias au Sénégal. La profession est assaillie de toutes parts. Au CESTI, nous continuons de penser que seule une formation de qualité peut doter notre pays de professionnels et de groupes médiatiques forts, indépendants, viables sur le plan économique et crédibles. Pour parler comme Thierry Perret, « des journalistes formés, c’est au moins l’assurance que certaines maladresses flagrantes peuvent être évitées dans le traitement des évènements ; c’est un plus grand respect pour les faits et une attention portée à leur reconstruction avant de les livrer au public (…) ».

Pour conclure, je souhaite vivement que le dialogue soit rétabli entre les différents acteurs des médias pour le bien de la profession. Si nous sommes tous animés par les mêmes intérêts, je suis sûr que le secteur des médias s’en portera mieux.