La ministre de la Justice, Yassine Fall, s’est rendue ce jeudi à la Maison d’arrêt et de correction de Mbour (MAC), dans un contexte marqué par de fortes tensions et le décès récent d’un détenu. Accompagnée des autorités administratives et judiciaires, cette visite de terrain s’inscrit dans une démarche de prise de contact directe avec les réalités carcérales, mais aussi de réponse à une actualité particulièrement sensible.
Au cours de sa visite, la garde des Sceaux a échangé avec les détenus et l’administration pénitentiaire, dressant un constat sans équivoque. Les conditions de détention à la MAC de Mbour restent fortement dégradées, dominées par une surpopulation carcérale persistante. Elle a souligné que cette réalité n’est pas isolée, mais reflète une tendance générale observée dans la majorité des établissements pénitentiaires du pays.
Selon elle, cet engorgement structurel trouve ses racines dans un déficit d’investissements accumulé sur plusieurs décennies. Elle a notamment évoqué l’absence d’infrastructures nouvelles depuis l’indépendance, ainsi que les insuffisances d’un projet hérité de l’ancien régime, ayant mobilisé des ressources considérables sans aboutir aux résultats attendus.
Dans un ton grave, la ministre a rappelé que les récents événements survenus dans certaines prisons mettent en lumière des fragilités profondes du système pénitentiaire. Elle a insisté sur le fait que les conditions de détention relèvent d’une responsabilité directe de l’État, engageant des vies humaines qui ne sauraient être réduites à des statistiques.
Dans cette perspective, elle a esquissé les grandes orientations de la réforme engagée. La construction d’infrastructures modernes, notamment une nouvelle maison d’arrêt à Mbour en cohérence avec la création d’un tribunal de grande instance, constitue un levier central. Parallèlement, l’accent est mis sur le développement de mécanismes alternatifs à l’incarcération, à travers des dispositifs comme le travail d’intérêt général ou la probation, afin de désengorger durablement les établissements.
La digitalisation de la justice figure également parmi les priorités, avec la mise en place de la plateforme E-Justice. Celle-ci doit notamment faciliter les démarches des familles, en permettant l’obtention en ligne de permis de communiquer, contribuant ainsi à maintenir le lien social des personnes détenues.
Cette visite intervient dans un climat particulièrement chargé, quelques jours après le décès de Fallou Ndiaye, détenu à la MAC de Mbour. D’après les éléments disponibles, il aurait succombé à une maladie dans des conditions où la question de la prise en charge sanitaire est posée. Ce drame ravive les interrogations sur les dispositifs médicaux en milieu carcéral et renforce l’exigence de réponses rapides et concrètes de la part des autorités.
En marge de la visite, la ministre a évoqué la situation du tribunal de Mbour, confronté à un déficit de magistrats et à des conditions de travail difficiles. Elle a assuré que des mesures seraient prises pour renforcer les ressources humaines et améliorer le fonctionnement de la juridiction.
À travers cette descente à Mbour, Yassine Fall affiche une volonté de rupture avec les pratiques antérieures, en mettant l’accent sur une approche plus opérationnelle et centrée sur les réalités de terrain. Reste désormais à traduire ces engagements en actions concrètes, dans un secteur où l’urgence sociale se conjugue à des attentes fortes en matière de gouvernance et de respect des droits humains.
