Le Sénégal est aujourd’hui plus proche que jamais de son objectif d’élimination du paludisme à l’horizon 2030. Selon les données présentées par le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), 73 des 79 districts sanitaires du pays sont désormais en phase de pré-élimination. La prévalence parasitaire nationale est estimée à 0,3 %. Ces résultats sont le fruit de plusieurs décennies d’investissements dans la prévention, le diagnostic, la prise en charge des malades, la surveillance épidémiologique et la mobilisation communautaire. Mais cette dynamique reste fragile.
Le retrait progressif de l’USAID de certains programmes d’aide au développement intervient dans un contexte où le Sénégal doit déjà faire face à des ressources internationales plus contraintes. L’agence américaine a pendant plusieurs années apporté un appui financier et technique à la lutte contre le paludisme, notamment à travers la PMI. L’enjeu pour le Sénégal est désormais de préserver les interventions essentielles tout en renforçant progressivement la mobilisation des ressources nationales.
Le Plan stratégique national pour l’élimination du paludisme 2026-2030 constitue la principale feuille de route. Son financement est estimé à 146,6 milliards de francs CFA. L’État devra donc pouvoir compter sur l’ensemble des acteurs, notamment les collectivités territoriales, le secteur privé, les communautés et les partenaires techniques et financiers. Les disparités territoriales constituent également un défi majeur. Si la situation s’est considérablement améliorée au niveau national, certaines zones du Sud et du Sud-Est, notamment Tambacounda, Kédougou et Kolda, continuent d’enregistrer une transmission plus importante.
À Kédougou, les difficultés signalées dans la continuité de certaines interventions après le départ d’un partenaire soutenu par l’USAID illustrent la nécessité de sécuriser les dispositifs de lutte dans les zones les plus vulnérables. La question de l’accès aux soins reste également centrale. Le PNLP rappelle que le diagnostic et le traitement du paludisme simple sont gratuits dans les structures publiques de santé et que les personnes présentant une fièvre peuvent bénéficier gratuitement d’un test de diagnostic rapide. Encore faut-il que les populations connaissent leurs droits et consultent suffisamment tôt.
C’est dans cette perspective qu’un atelier de renforcement des capacités des membres de la Convention des Jeunes Reporters du Sénégal (CJRS) s’est tenu le 20 août 2026 à la Maison de la Presse Babacar Touré, à Dakar. Organisée avec l’appui du PNLP, d’OSIDEA et de Speak Up Africa, la rencontre a permis aux journalistes de mieux comprendre les enjeux liés au financement de la lutte contre le paludisme, aux disparités territoriales, au genre, à la mobilisation communautaire et à l’accès aux soins. Pour les acteurs de la lutte, les médias ont un rôle essentiel à jouer : informer, sensibiliser, interpeller les décideurs et contribuer à maintenir la question du paludisme au cœur du débat public.
À quatre ans de 2030, le défi pour le Sénégal n’est donc plus seulement de faire reculer le paludisme. Il s’agit désormais de consolider les acquis, de réduire les inégalités territoriales et de garantir la continuité des interventions afin que les progrès réalisés soient durables. L’objectif d’un Sénégal sans paludisme en 2030 reste atteignable. Mais il dépendra de la capacité du pays à sécuriser les financements, renforcer son système de santé et faire de l’élimination du paludisme une responsabilité partagée.
