CRISE À L’UCAD : PR. AMSATOU SOW SIDIBÉ POINTE LES FAILLES DU SYSTÈME UNIVERSITAIRE

Invitée de l’émission Point de vue, la présidente de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), Pr. Amsatou Sow Sidibé, a livré une analyse grave de la crise qui secoue l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Entre appel à l’apaisement, critiques sur la gestion sécuritaire et plaidoyer pour une réforme profonde du système universitaire, l’universitaire évoque une situation “plus dramatique que les précédentes”.

Une crise « plus dangereuse que par le passé »

Professeure titulaire de droit et fine observatrice du milieu universitaire, Amsatou Sow Sidibé dit avoir été profondément marquée par les événements récents. « J’ai très mal », confie-t-elle d’entrée, estimant que la violence observée dépasse les crises antérieures connues à l’université.

Selon elle, l’ampleur des affrontements et les images relayées traduisent un tournant inquiétant. Elle évoque notamment des scènes « terribles », marquées par des étudiants blessés, des chambres incendiées et un climat général de tension qui a profondément choqué l’opinion publique.

Appel à l’apaisement et mesures urgentes

Face à cette situation, la présidente de la CNDH appelle à une réaction rapide des autorités, en privilégiant une logique d’apaisement. Parmi les mesures immédiates qu’elle préconise : la libération des leaders étudiants arrêtés, la réouverture des restaurants universitaires et la reprise du fonctionnement du campus social.

Elle insiste sur la dimension sociale de la crise, rappelant que de nombreux étudiants viennent de régions éloignées et se retrouvent sans solution d’hébergement ni de restauration. « Ventre qui a faim n’a point d’oreille », martèle-t-elle, estimant que la fermeture des restaurants a aggravé les tensions.

Critiques sur l’usage de la force

Amsatou Sow Sidibé s’est également montrée critique sur l’intervention des forces de défense et de sécurité, dénonçant des images « inadmissibles » de violences sur des étudiants, y compris lors d’interpellations.

Sans remettre en cause le rôle des forces de l’ordre, elle plaide pour un renforcement de leur formation aux droits humains. « Elles ont devant elles des personnes humaines », rappelle-t-elle, appelant à éviter toute dérive dans l’usage de la force publique.

Elle demande par ailleurs que toute la lumière soit faite sur la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba, réclamant des enquêtes « rigoureuses et impartiales » afin d’établir les responsabilités.

Une crise révélatrice de dysfonctionnements structurels

Au-delà de la gestion immédiate, l’universitaire estime que la crise actuelle révèle des failles profondes du système d’enseignement supérieur. Elle pointe notamment l’instabilité chronique du calendrier académique et les limites du système LMD, jugé inadapté aux réalités locales faute de moyens suffisants.

Selon elle, les tensions autour des bourses s’inscrivent dans ce contexte structurel, les étudiants subissant les retards académiques sans en être responsables.

Plaidoyer pour des assises nationales de l’université

Pour sortir durablement des crises cycliques, Amsatou Sow Sidibé propose l’organisation d’« assises nationales de l’université », sous l’égide d’un médiateur fort et dans un cadre inclusif.

L’objectif, selon elle, serait de repenser en profondeur la gouvernance de l’enseignement supérieur, stabiliser les années académiques et restaurer la confiance des étudiants. « Sans la paix, on ne peut rien construire », insiste-t-elle, appelant à privilégier le dialogue entre autorités, universitaires et étudiants pour éviter une année blanche et préserver l’avenir de l’institution.