JEUNES VULNÉRABLES : L’ÉTAT VEUT FAIRE DE LA RÉINSERTION UNE VÉRITABLE POLITIQUE DE SECONDE CHANCE

La réinsertion des jeunes en danger ou en conflit avec la loi s’impose comme un enjeu majeur de la politique de protection judiciaire et sociale. À l’ouverture d’un panel de haut niveau consacré à la mise en place d’un dispositif et d’un fonds opérationnels d’insertion et de réinsertion, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, a appelé à dépasser la seule logique de prise en charge pour construire un véritable parcours vers l’autonomie.

« La réinsertion n’est pas une faveur, c’est un droit. » Le message délivré par le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, se veut à la fois un principe et une feuille de route. Face aux situations de vulnérabilité auxquelles sont confrontés de nombreux mineurs, la réponse publique ne peut se limiter à la protection ou à la sanction. Elle doit également permettre à ces jeunes de se reconstruire, de se former et de retrouver une place pleine et entière dans la société.

Chaque année, près de 17 000 mineurs sont confiés à la Direction générale de la Protection judiciaire et sociale. Victimes, témoins, enfants en danger ou mineurs en conflit avec la loi, ils sont accueillis dans des situations souvent marquées par la fragilité familiale, sociale ou économique. Leur prise en charge nécessite dès lors une approche globale, capable de tenir compte aussi bien de leur situation judiciaire que de leurs besoins éducatifs, sociaux et professionnels.

L’enjeu est d’autant plus important que le parcours de ces jeunes ne s’achève pas avec la fin de leur prise en charge institutionnelle. Au contraire, leur sortie constitue souvent une étape particulièrement sensible. C’est à ce moment qu’ils doivent pouvoir retrouver un cadre de vie stable, poursuivre leur formation, accéder à un emploi ou disposer des moyens nécessaires pour entreprendre.

Le défi de l’après-centre

Pour le ministre de la Justice, « l’après-centre » constitue aujourd’hui l’un des principaux défis du système de réinsertion. Les structures de protection peuvent assurer l’encadrement, l’éducation et la formation. Mais si, à leur sortie, les jeunes ne trouvent ni stage, ni emploi, ni financement, ni accompagnement, les efforts consentis risquent de perdre une partie de leur portée.

Les résultats enregistrés en 2025 montrent pourtant que le potentiel existe. Plus de 412 pensionnaires ont réussi aux examens professionnels, dans des métiers aussi divers que la menuiserie, la coiffure, l’électricité, la restauration, ainsi que le froid et la climatisation.

Ces résultats constituent un signal encourageant. Ils montrent que la formation professionnelle peut offrir à ces jeunes une véritable porte de sortie de la vulnérabilité. Mais ils révèlent également la nécessité d’aller plus loin : faire en sorte que les compétences acquises puissent effectivement se traduire en opportunités professionnelles.

Car le passage du diplôme à l’emploi demeure souvent le moment le plus délicat. Sans stage pour acquérir une première expérience, sans employeur disposé à donner une chance ou sans financement pour lancer une activité, le jeune peut rapidement se retrouver confronté aux mêmes difficultés qui avaient marqué son parcours.

Le Fonds de réinsertion, un instrument de transition

C’est dans cette perspective que s’inscrit le Fonds de réinsertion des mineurs et jeunes majeurs en situation de vulnérabilité, institué en 2024. L’instrument doit contribuer à combler le déficit d’accompagnement qui subsiste entre la formation et l’insertion effective.

L’ambition est de permettre aux jeunes de franchir cette étape décisive avec davantage de garanties. Le financement d’un projet, l’accès à un dispositif d’accompagnement, l’orientation vers une entreprise ou encore la mise en relation avec des structures susceptibles de faciliter l’insertion peuvent constituer autant de leviers pour consolider leur autonomie.

Mais la réussite de cette politique dépendra aussi de la capacité à fédérer l’ensemble des acteurs concernés. C’est pourquoi le Garde des Sceaux a appelé les entreprises, les structures publiques, les partenaires techniques et financiers ainsi que la société civile à s’engager davantage aux côtés de l’État.

Le secteur privé, notamment, peut jouer un rôle déterminant en ouvrant des possibilités de stages, d’apprentissage et d’emploi. Les structures publiques peuvent, pour leur part, faciliter l’accès aux différents programmes d’accompagnement. Quant aux partenaires et aux organisations de la société civile, ils peuvent contribuer au financement, au suivi et à l’accompagnement social des bénéficiaires.

De la protection à l’autonomie

Cette mobilisation traduit une évolution dans la manière d’appréhender la réinsertion. Il ne s’agit plus uniquement de protéger un jeune pendant une période donnée, mais de l’accompagner jusqu’à ce qu’il soit en mesure de construire son propre avenir.

Dans cette perspective, la formation professionnelle apparaît comme un outil essentiel, mais elle ne peut être dissociée de l’accompagnement social et économique. La réinsertion est un processus qui se construit dans la durée, avec des étapes successives et la nécessité d’un suivi adapté à chaque parcours.

L’objectif est également de prévenir les ruptures susceptibles de favoriser un retour à la rue, à la précarité ou, dans certains cas, à la récidive. Pour ces jeunes, disposer d’un métier et d’une activité ne signifie pas seulement gagner un revenu. C’est aussi retrouver une place, restaurer la confiance en soi et renouer avec un projet de vie.

Le défi posé aux pouvoirs publics et à leurs partenaires est donc de transformer la notion de « seconde chance » en une réalité concrète. Une seconde chance qui ne s’arrête pas à la sortie d’un centre, mais qui se prolonge par un accompagnement vers l’emploi, l’entrepreneuriat et l’autonomie.