Faire de l’Afrique un continent qui conçoit, finance et déploie ses propres innovations en santé. C’est l’ambition affichée d’AfyaFest 2026, dont les travaux se sont ouverts mardi à Dakar. Pendant trois jours, la capitale sénégalaise accueille un écosystème rarement réuni au même endroit : startups, universités, professionnels de santé, investisseurs, incubateurs, bailleurs de fonds et pouvoirs publics.
Portée par Amref Health Africa, en partenariat avec la DER/FJ dans le cadre du programme African Health Collaborative (AHC), avec le soutien de la Mastercard Foundation, la rencontre entend dépasser le cadre d’un simple salon consacré aux startups.
Le constat est partagé par les organisateurs : malgré une jeunesse porteuse d’innovations, les systèmes de santé africains restent confrontés à des difficultés persistantes d’accès aux soins, de financement, de transformation numérique et de qualité des services. Les initiatives existent, mais peinent souvent à franchir le cap de l’expérimentation.
« AfyaFest est né pour combler cet écart », a résumé la directrice régionale d’Amref Health Africa, Awa Dieng, à l’ouverture des travaux. Selon elle, le festival doit permettre aux innovateurs de sortir de l’isolement en les mettant directement en relation avec les investisseurs, les universités, les décideurs politiques et les partenaires techniques capables d’accompagner le développement de leurs projets.
Le choix de Dakar n’est pas anodin. Amref entend faire de la capitale sénégalaise « un hub de l’innovation en santé pour le continent africain », où pourront émerger des solutions conçues localement mais destinées à répondre aux défis communs du continent.
Passer du prototype au marché
Au-delà des conférences, AfyaFest mise sur les rencontres d’affaires, les ateliers et les séances de présentation de projets (« pitchs ») pour accélérer la maturation des innovations.
L’ambition est de constituer un portefeuille de jeunes entreprises de santé prêtes à accéder au marché, de rapprocher les startups des investisseurs et des accélérateurs, mais aussi de renforcer les capacités des universités et des innovateurs communautaires.
Les organisateurs souhaitent également consolider les réseaux régionaux afin de faire émerger des modèles reproductibles à l’échelle du continent, capables d’améliorer les soins de santé primaires tout en créant des emplois.
Les échanges portent sur plusieurs priorités sanitaires, parmi lesquelles la santé maternelle et infantile, les maladies non transmissibles, la santé mentale, les effets du changement climatique sur les systèmes de santé, ainsi que la sécurité sanitaire et l’approche One Health.
La DER/FJ plaide pour une souveraineté sanitaire
Prenant la parole lors de la cérémonie d’ouverture, la déléguée générale (sortante) de la DER/FJ, Aïda Mbodj, a défendu une vision de la santé comme levier de développement économique.
« Pendant longtemps, la santé a été perçue comme une dépense. Aujourd’hui, elle constitue l’un des investissements les plus stratégiques pour l’avenir de nos nations », a-t-elle déclaré.
Pour elle, les enseignements de la pandémie de Covid-19 imposent aux États africains de renforcer leur souveraineté sanitaire en développant leurs propres solutions technologiques. « Produire, innover, numériser, financer la recherche et soutenir nos entrepreneurs sont aujourd’hui les fondements de notre souveraineté sanitaire », a-t-elle ajouté, établissant un lien entre cette stratégie et les orientations de la Vision Sénégal 2050.
La HealthTech sénégalaise en vitrine
Aïda Mbodj a rappelé que la DER/FJ a accompagné près de 300 000 femmes et jeunes depuis sa création à travers des dispositifs de formation, de formalisation et de financement.
Dans le domaine de la santé, elle a cité plusieurs entreprises soutenues par l’institution, notamment Eyone, spécialisée dans la gestion numérique des données médicales, DocSen, qui développe des plateformes facilitant l’accès aux professionnels de santé, ainsi que Fajma, active dans l’écosystème HealthTech.
Elle a également indiqué que la DER/FJ avait financé 98 pharmacies pour près d’un milliard de francs CFA, avant de rappeler le lancement du Fonds Catalyst DER/FJ, destiné à soutenir les startups à fort potentiel dans des secteurs stratégiques, dont la HealthTech et l’intelligence artificielle.
Faire de l’Afrique un producteur d’innovation
Au terme des trois jours de travaux, les organisateurs espèrent voir émerger de nouveaux partenariats, faciliter l’accès au financement des jeunes entreprises et accélérer le développement de solutions de santé adaptées aux réalités africaines.
Au-delà de l’événement, AfyaFest affiche une ambition de long terme : faire évoluer le continent d’un marché consommateur d’innovations vers un espace où celles-ci sont imaginées, développées, financées et déployées à grande échelle. Pour les organisateurs, c’est à cette condition que les innovations en santé pourront durablement améliorer les soins tout en contribuant à la création d’emplois et au renforcement des économies africaines.
