Le Sénégal a enregistré une mobilisation de recettes budgétaires de 1.149,7 milliards de FCFA au premier trimestre 2026, soit 19,4 % des prévisions annuelles fixées dans la Loi de finances initiale (LFI). C’est ce que révèle le Rapport trimestriel d’exécution du budget (RTEB) au 31 mars 2026 publié par le ministère des Finances et du Budget, qui met en évidence une progression des recettes et une maîtrise relative du déficit budgétaire, malgré des incertitudes liées au contexte international et aux nouvelles mesures fiscales du Plan de redressement économique et social (PRES).
Une progression soutenue des recettes fiscales

À fin mars, les recettes budgétaires affichent une hausse de 11,9 % par rapport à la même période de l’année précédente, soit 121,8 milliards de FCFA supplémentaires. Cette performance est essentiellement portée par les recettes fiscales, qui atteignent 1.095,7 milliards de FCFA, en progression de 14,1 % sur un an.
L’impôt sur les sociétés (IS) figure parmi les principaux moteurs de cette dynamique. Avec 154,5 milliards de FCFA recouvrés, il dépasse de 11,3 % la cible trimestrielle fixée à 138,8 milliards. Cette performance s’explique notamment par les recettes issues du secteur pétrolier, qui ont généré 14 milliards de FCFA grâce à des paiements anticipés de certains opérateurs.
La TVA intérieure hors pétrole confirme également sa bonne tenue avec 149,6 milliards de FCFA mobilisés, soit une progression de 28,3 % par rapport au premier trimestre 2025. Cette évolution traduit le maintien d’une activité économique relativement dynamique et d’un niveau de consommation soutenu. D’autres postes fiscaux enregistrent des résultats remarquables, notamment la taxe sur la consommation hors pétrole, en hausse de 78 %, ainsi que les droits d’enregistrement et d’hypothèques qui progressent de 78,6 %.
Les mesures du PRES en retard
Malgré ces résultats encourageants, le rapport souligne plusieurs zones de faiblesse. Les mesures fiscales introduites dans le cadre du Plan de redressement économique et social peinent à produire les effets attendus.
À fin mars, elles n’ont généré que 54,2 milliards de FCFA sur une cible trimestrielle de 94,8 milliards, soit un taux de réalisation de 57,2 %. Les difficultés concernent notamment les taxes sur les jeux de hasard, certains prélèvements sur les transferts d’argent ainsi que plusieurs mesures douanières visant les véhicules, les téléphones et certaines exportations.
Les recettes non fiscales sont également en recul de 23,6 % sur un an. Cette baisse est principalement liée à l’effondrement des dividendes issus des participations publiques, qui passent de 9,3 milliards à seulement 0,2 milliard de FCFA.
Des dépenses dominées par les transferts et la masse salariale
Du côté des dépenses, l’État a exécuté 1.482,7 milliards de FCFA, représentant 20,6 % des crédits ouverts pour l’année. Les dépenses ordinaires concentrent l’essentiel des décaissements avec 1.185,5 milliards de FCFA. Les transferts courants constituent le premier poste de dépenses avec 445,7 milliards de FCFA, suivis de la masse salariale qui atteint 375,1 milliards et des intérêts sur la dette évalués à 285 milliards de FCFA.
Les investissements publics se chiffrent à 297,2 milliards de FCFA, dont 160,8 milliards financés sur ressources internes et 136,4 milliards sur ressources extérieures.
L’énergie absorbe une part importante des subventions publiques
Le secteur énergétique demeure le principal bénéficiaire des transferts publics. Selon le rapport, 165,5 milliards de FCFA ont été consacrés aux subventions à l’énergie durant les trois premiers mois de l’année. Ce montant représente plus de 72 % des crédits affectés aux affaires économiques et plus de la moitié de l’ensemble des transferts courants exécutés sur la période.
Parmi les autres bénéficiaires figurent Air Sénégal, qui a reçu 13,5 milliards de FCFA, la société en charge du patrimoine du Train express régional (TER) avec 10 milliards, ainsi que l’ARTP et le Fonds national pour l’entrepreneuriat rapide, chacun doté de 4,2 milliards.
Les investissements financés sur ressources internes ont par ailleurs privilégié l’agriculture, avec 88,1 milliards de FCFA destinés notamment à la campagne agricole et à l’amélioration de la productivité. Les infrastructures routières ont bénéficié de 14,5 milliards, tandis que l’acquisition de deux avions pour Air Sénégal a mobilisé 13,5 milliards de FCFA.
Un déficit contenu mais sous surveillance
Au terme du premier trimestre, le déficit budgétaire ressort à 333 milliards de FCFA, soit 1,4 % du PIB. Ce niveau demeure nettement inférieur à l’objectif annuel fixé à 5,37 % du PIB. Le ministère des Finances considère ainsi que l’exécution budgétaire reste globalement maîtrisée, grâce à la progression des recettes et à une évolution contenue des dépenses.
Toutefois, le rapport appelle à la vigilance face aux tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient et à leurs conséquences sur les marchés énergétiques mondiaux. Une poursuite de la hausse des cours du pétrole pourrait alourdir davantage le coût des subventions à l’énergie et compliquer la trajectoire budgétaire prévue pour 2026.
Si les fondamentaux fiscaux demeurent solides, les autorités devront accélérer la mise en œuvre des réformes du PRES, renforcer la mobilisation des recettes non fiscales et limiter l’impact des dépenses énergétiques afin de préserver les équilibres budgétaires au cours des prochains trimestres.
