À travers des sculptures monumentales, des installations, des peintures, des dessins et des photographies, Dakar entend devenir, le temps de près de trois mois, un lieu de réflexion sur les drames contemporains. Présentée officiellement mercredi lors d’une conférence de presse, l’exposition « Il était une fois Gaza » réunira les œuvres d’Ousmane Dia et de huit artistes palestiniens, dont plusieurs vivent aujourd’hui en exil après avoir fui la guerre.
Installée au Monument de la Renaissance africaine, la manifestation ambitionne moins de décrypter le conflit israélo-palestinien que d’interroger la condition humaine et le devoir de mémoire. Pour le commissaire de l’exposition, le philosophe Babacar Mbaye Diop, l’objectif est de proposer une expérience artistique où l’émotion et la réflexion prennent le pas sur les lectures géopolitiques.
L’art comme vecteur de mémoire
Le parcours mettra en scène plusieurs créations inédites, dont « À la mémoire des innocents », une installation composée de 365 sculptures symbolisant chaque jour de l’année en hommage aux victimes civiles des conflits. Une sculpture monumentale de plus de six mètres établira également un parallèle entre l’esclavage, la colonisation et les souffrances contemporaines du peuple palestinien, tandis que d’autres œuvres aborderont les violences faites aux femmes en période de guerre ou célébreront l’hospitalité palestinienne.
Le programme sera enrichi par la projection du documentaire « Qui vit encore ? » du réalisateur suisse Nicolas Wadimoff, récemment distingué dans un festival international.
Un engagement artistique revendiqué
Pour Ousmane Dia, diplômé de l’École nationale des Beaux-Arts de Dakar et installé en Suisse, cette exposition s’inscrit dans la continuité d’une démarche artistique tournée vers la défense des droits humains. Après avoir consacré plusieurs de ses créations au racisme, à l’esclavage ou encore à la colonisation, l’artiste affirme vouloir faire de son travail « une caisse de résonance de la voix des sans-voix ».
Il insiste toutefois sur le caractère humaniste de son projet, précisant que son engagement vise à dénoncer les atteintes aux droits humains, sans stigmatiser un peuple ou un État. Il réaffirme également son souhait de voir Palestiniens et Israéliens vivre côte à côte dans la paix.
Des artistes palestiniens marqués par l’exil
L’une des singularités de l’événement réside dans la participation de huit artistes palestiniens, dont plusieurs ont perdu leurs ateliers, leurs œuvres et parfois des années de création sous les bombardements. Leur présence à Dakar constitue, selon les organisateurs, une occasion de faire entendre leurs voix et de témoigner de la résilience de la scène artistique palestinienne.
Le projet se heurte néanmoins à des contraintes financières. Si l’hébergement des artistes est déjà assuré grâce à un partenaire hôtelier, leur transport vers le Sénégal reste à financer. Les initiateurs lancent ainsi un appel aux pouvoirs publics, aux entreprises, aux fondations et aux mécènes afin de permettre la pleine réalisation de cette exposition.
Le Sénégal invité à soutenir une initiative culturelle
Présent lors du lancement, l’ambassadeur de l’État de Palestine au Sénégal, Dr Nasser, a salué une initiative qu’il qualifie de « noble » et a assuré de l’accompagnement de la représentation diplomatique pour favoriser son succès.
Au-delà de l’exposition, Ousmane Dia nourrit une ambition plus large : créer au Sénégal un mémorial palestinien consacré à la mémoire des victimes, avec la conviction que l’art peut devenir un instrument durable de dialogue, de paix et de défense des droits humains.
